CHRISTOPHE FLEUROV : interview du commissaire de l’exposition « Des Gens Singuliers » de Christel Lechner

Christophe Fleurov est le galeriste qui représente l’artiste Christel Lechner dont les sculptures sont posées autour de la cathédrale de Strasbourg depuis deux mois. Il est également à l’origine de cette exposition (Des Gens Singuliers) qui se termine le 15 octobre. Il est donc encore temps de confronter notre regard à celui de ces spectateurs immobiles. Dans l’intervalle, c’est le regard de Christophe Fleurov que nous vous proposons de croiser au travers de cet entretien qu’il a eu la gentillesse de nous accorder.

Christophe Fleurov devant les Baigneuses de Christel Lechner

Christophe Fleurov : shooting avec homme-grenouille devant une des Baigneuses de Christel Lechner.

  • Une œuvre d’un artiste que vous représentez à placer dans votre salle-de-bain ? L’endroit n’est pas propice à l’art… La salle de bain, malgré les tons chauds que peuvent lui apporter des faïences ou autres éléments décoratifs, reste un lieu austère, de passage, où l’œuvre d’art n’a pas sa place. C’est une gageure de vouloir installer une sculpture ou d’envisager accrocher une toile dans un lieu où le regard se tourne d’avantage sur soi-même que sur l’espace environnant. Ce pourrait aussi être un outrage fait à l’artiste de retrouver son œuvre à cet endroit, la dévalorisant et lui retirant son identité…  Les artistes dont je suis proche n’accepteraient pas cela… je n’imagine même pas le leur demander…

 

  • Qu’est ce qui vous rend meilleur dans l’art ?Trois choses… La curiosité. Aller à la rencontre des artistes et de leur œuvre, pousser des portes d’ateliers, participer à des ventes aux enchères, écouter des experts et s’enrichir de connaissance lors de foires et d’expositions, voilà des choses faciles à réaliser pour peu que l’on soit un peu curieux…Le partage. Se mettre en capacité de valoriser l’œuvre dans l’échange avec, dans un premier temps, celui qui la connaît le mieux, l’artiste, pour ensuite mieux en parler avec celui qui s’y intéresse. Enfin, l’ambition. Croire en une œuvre repose sur beaucoup de facteurs objectifs et subjectifs. S’engager pour la promouvoir et la vendre est un challenge au quotidien, le nombre d’artistes et d’œuvres étant tellement conséquent. Ça rend meilleur d’avoir de l’ambition et d’y croire…

 

  • Premier souvenir de galeriste ? La rencontre avec un artiste est toujours un moment d’exception. Ma première rencontre avec Raymond Waydelich s’est déroulée il y a dix ans dans un restaurant d’Osthouse où je lui ai proposé de faire un livre sur ses quelques cinquante années de création artistique. Il a accepté et un verre de Riesling est venu sceller cette idée qui s’est concrétisée quelques mois plus tard par un bel ouvrage toujours en vente dans les librairies : « Lydia Jacob Story ». Cette démarche volontaire, ambitieuse car ne connaissant pas l’artiste ni son œuvre, est mon premier véritable souvenir de galeriste à Strasbourg.
Raymond Waydelich devant son plan relief de Strasbourg

Raymond Waydelich devant son plan relief de Strasbourg

 

    • Que révèle cette exposition de Christel Lechner ? Du positif et du négatif…. Voir le public s’approprier l’exposition, s’y glisser, s’y installer, se coller contre une sculpture et se photographier, participe au plaisir d’organiser un tel événement. Prendre le temps de partager avec les passants, échanger sur les réseaux sociaux avec des internautes qui like une photo ou prennent le temps de faire un commentaire, permettent d’avoir un retour intéressant sur la manière dont les gens comprennent ou pas, approchent et imaginent l’œuvre comme l’artiste. Une telle exposition en cœur urbain est aussi un bon miroir de notre société et de ses travers… L’œuvre d’art est confondue avec du mobilier urbain, et dans cette situation, il n’y a souvent que très peu de respect. Les œuvres de Paul McCarty et d’Anish Kapoor qui ont été vandalisées récemment sont à placer sur un autre registre, à la limite de la provocation, même si leurs auteurs se défendent du contraire. L’exposition de Christel Lechner ne porte pas cette marque ; ses personnages se fondent dans l’environnement, permettent un autre regard sur le patrimoine et ouvrent de nouvelles perspectives…. Malgré cela, certains ne trouvent rien de mieux à faire que de les détériorer, comme il le ferait avec une poubelle ou un panneau de signalisation. C’est malheureux d’en arriver là et de priver la majorité de la population de ces émotions. Cela révèle le côté sombre de notre société. (1)
Christel LECHNER, artiste plasticienne allemande, avec une de ses sculptures

Christel LECHNER, artiste plasticienne allemande, avec une de ses sculptures

 

  • Le défaut que vous préférez chez les artistes ? Il y a des défauts qui méritent une attention particulière… L’outrance sans provocation peut être un gage d’originalité. L’insouciance est aussi un défaut qui peut être admirable chez un artiste… Le mépris… des règles et de certaines conventions est un défaut qui apporte souvent émotion et sensibilité dans l’œuvre d’un artiste.

 

  • Un homme à qui offrir une œuvre de Christel Lechner ? Sans flagornerie inutile, j’ai tendance à dire le responsable politique qui accepte la tenue d’une telle exposition. Il permet à la plus vaste audience de s’ouvrir à l’art. Dans le même temps, il accepte la contradiction et la confrontation avec des publics qui ne sont pas forcément favorable à voir l’art investir l’urbain, ou à voir cette œuvre installée dans un périmètre où il est question de spiritualité. Cet homme mérite le respect car il se met en position de danger. Des dizaines de milliers de personnes vont garder un bon souvenir de leur passage estival à Strasbourg ; quelques dizaines vont regretter d’avoir vu l’espace proche de la cathédrale dénaturé par des œuvres d’art qui ne rejoignent pas l’art sacré, voire viennent en conflit avec le patrimoine architectural proche…. Pour défendre ces ambitions, le politique doit garder la distance et laisser l’artiste s’exprimer…  Au-delà d’une grande reconnaissance, il mérite de se voir offrir une œuvre.

 

  • L’œuvre que vous regardez le plus souvent ? Au-delà le l’exposition des œuvres de Christel Lechner, j’ai d’avantage tendance à sortir de la Grande-Île pour aller jeter un œil sur Le Point de convergence de la Place d’Austerlitz. Je considère cette sculpture comme mon bébé ; il n’y a donc aucune raison que je ne m’y rende pas le plus souvent possible…  C’est un projet qui m’a pris 2 ans. Un maquettiste et un artiste alsacien, Raymond-Emile Waydelich y ont contribué. Le bronze de cette sculpture est une matière vivante, le temps a une grande influence sur sa pérennité. L’oxydation la rendrait terne et peu attractive. Il faut être présent et suivre son évolution, ce qui participe aussi à mon job, d’où mes visites fréquentes sur place. Ce n’est pas pour rien que j’ai appelé cette sculpture « Le Point de convergence« . C’est devenu une articulation dans la ville, pour les personnes qui y entrent, mais aussi pour celles qui en sortent ; nous en avons comptabilisé quelques 60000 par mois. Depuis 3 ans, c’est devenu mon point de convergence… en même temps qu’un bel outil d’attractivité sur une place très fréquentée.
Plan relief de Strasbourg par Raymond Waydelich – Le point de convergence de Christophe Fleurov, son galeriste

Plan relief de Strasbourg par Raymond Waydelich – Le point de convergence de Christophe Fleurov, son galeriste

 

  • Votre pensée du moment façon twitt (140 caractères) ? Si l’art est le prolongement de l’esprit humain….  mais pourquoi ne suis-je artiste ?

 

  • Votre musée préféré ? Ma collaboration  avec l’Atelier Jean Nouvel pour un projet new-yorkais m’oblige sans réfléchir à répondre le MOMA (2). L’architecte a signé l’extension du musée, un projet grandiose mêlant salles muséales, résidences hôtelières et logements privés. Ce nouvel immeuble – le 53W53 –  sera inauguré en 2018. Le MOMA, de par ses collections d’art contemporain, de par l’excellence de ses expositions temporaires et les performances de quelques artistes, reste mon musée préféré, celui que je fréquente obligatoirement à chaque passage à New York.

 

  • Où avez-vous mangé au restaurant la dernière fois ? C’est un endroit que j’aime car simple, proche de chez moi et vivant. Le Milano, belle brasserie du boulevard de la Victoire, est une agréable base de repli pour moi. Le café du matin, un déjeuner pris en terrasse, une bière en soirée…. dans une ambiance où les professions libérales du coin se mélangent aux étudiants et enseignants de passage….  Une famille d’origine italienne aux commandes, dont parfois quatre générations peuvent être présentes au même moment, des sourires à volonté et beaucoup de sincérité dans la relation humaine. J’aime ce côté simple et enjoué, un service irréprochable et cette grande honnêteté dans la cuisine proposée. En cuisine justement, un chef discret et une nourriture d’une grande fraîcheur. Un endroit que je ne peux que conseiller.

 

  • Quelle question aimeriez-vous poser au prochain interviewé ? Est-ce que sa vie est faite de passions ? et une question subsidiaire : est-ce que sa ou ses passions sont un moteur ou un frein dans sa vie ??

 

Batorama a lancé un jeu concours sur Instagram afin de faire mieux connaître Christel Lechner et ses Gens Singuliers. Pour jouer, il suffit de vous faire photographier devant/avec l’une des sculptures de Christel Lechner et de la poster sur votre compte Instagram avec les mentions #DesGensSinguliers @Batorama. Tous les détails sur Concours Des Gens Singuliers.

A gagner : un dîner tout compris pour 2 personnes à la Brasserie des Haras et 1 carte cadeau Galeries Lafayette d’une valeur de 150€ et bien entendu des places Batorama.

Christel Lechner – Des Gens Singuliers – Place du Château à Strasbourg

Christel Lechner – Des Gens Singuliers – Place du Château à Strasbourg

 

(1) Les Baigneuses comprenaient à l’origine 3 personnages. L’un d’entre eux a été détruit dans la nuit du 1er au 2 août.
(2) MoMA : le Museum Of Modern Art de New York est l’un des trois plus grands musées au monde d’art contemporain (avec la Tate Modern de Londres et le Centre Pompidou de Paris).
Crédits photos :  Galerie Christophe Fleurov ; Reynald Schaich